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Nom du blog :
regassem
Description du blog :
Voyage dans les pensées...
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
07.01.2008
Dernière mise à jour :
20.07.2008
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ChAcUn Sa ChImErE

ChAcUn Sa ChImErE

Posté le 23.03.2008 par regassem
Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbes.

Chacun d'eux portait sur son dos une enorme Chimere, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain.

Mais la monstrueuse bete n'etait pas un poids inerte; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles elastiques et puissants; elle s'agrafait avec ses deux vastes griffes a la poitrine de sa monture; et sa tete fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers esperaient ajouter a la terreur de l'ennemi.

Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai ou ils allaient ainsi. Il me repondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'evidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils etaient pousses par un invincible besoin de marcher.

Chose curieuse a noter: aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrite contre la bete feroce suspendue a son cou et collee a son dos; on eut dit qu'il la considerait comme faisant partie de lui-meme. Tous ces visages fatigues et serieux ne temoignaient d'aucun desespoir; sous la coupole spleenetique du ciel, les pieds plonges dans la poussiere d'un sol aussi desole que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie resignee de ceux qui sont condamnes a esperer toujours.

Et le cortege passa a cote de moi et s'enfonca dans l'atmosphere de l'horizon, a l'endroit ou la surface arrondie de la planete se derobe a la curiosite du regard humain.
Et pendant quelques instants je m'obstinai a vouloir comprendre ce mystere; mais bientot l'irresistible Indifference s'abattit sur moi, et j'en fus plus lourdement accable qu'ils ne l'etaient eux-memes par leurs ecrasantes Chimeres.


Charles Baudelaire



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